• Textes courts!

    Maintenant c'est clair, j'aime écrire et j'aime me "confronter" à d'autres auteurs dans des concours de types variés. Ici sur Ekla et aussi dans la vraie vie ;-)

    Dans cette rubrique, je posterai les textes en indiquant éventuellement à quels concours ils participent.

    Ce qui ne doit pas vous empêcher de commenter aussi!

    Bonne lecture!

  • Le petit garçon est super content. Il vient de recevoir un "vrai" ballon de foot-ball comme ceux qu'il voit parfois à la télévision quand son papa le laisse regarder le début d'un match.

    Il voudrait pouvoir l'essayer tout de suite mais il doit pourtant patienter. Il fait nuit déjà et ce n'est que demain qu'il pourra en profiter.

    Ailleurs dans la ville, dans un petit studio très sobrement meublé, un jeune homme vérifie une nouvelle fois ses affaires, un jogging un peu trop large pour lui, des chaussures de sport, une ceinture, un gsm et puis les documents qu'il a préparés, une carte de transport, un extrait de plan imprimé d'internet. Il est calme, méthodique, précis. 

    Après avoir tout rangé soigneusement, il déplie le canapé et s'allonge sur le lit ainsi constitué. Ses pensées s'envolent soudain vers une maison lumineuse en bord de mer, il croit ressentir un instant les émotions d'une enfance heureuse, les odeurs, les couleurs. Il réalise que ces souvenirs lui causent un malaise diffus et il s'empresse de les chasser. Sa vie n'est plus inscrite dans le bonheur et l'insouciance. Il est un autre homme à présent, investi d'une mission et habité par des certitudes incompatibles avec le bonheur simple d'une vie banale. Il cherche le sommeil pour ne pas avoir à affronter ses interrogations sur les raisons et le bien fondé de ce changement.

    D'autres hommes non loin de là ne dormiront pas du tout. Ils sont en alerte. Comme des chasseurs, ils connaissent leur proie, mais ils ne savent ni quand ni où s'offrira à eux la chance de la croiser et de l'intercepter. Pour Julien, s'engager dans les forces spéciales a représenté un engagement quasi mystique après le décès de son frère dans un attentat, quand il n'était encore qu'un adolescent turbulent. Il s'est engagé sans l'accord de ses parents qui tout de suite ont vu dans cette démarche s'ouvrir une seconde source de peur et d'angoisse et le risque de revivre le cauchemar de la perte d'un fils. Il est devenu major de sa promotion d'élèves gradés. Et il a choisi les forces spéciales au lieu de postes beaucoup plus stratégiques pour ceux qui veulent faire carrière.

    Julien sait que demain sera à nouveau le premier jour du reste de sa vie, il va participer à sa première mission.

    Le jour est levé. Le petit garçon s'est levé bien trop tôt pour un samedi. Il a tellement insisté que sa maman l'a habillé aussitôt, en tenue de foot,  puis,  avec la même insistance, il a forcé son père à se doucher et à s'habiller avant de l'entrainer vers le parc voisin.

    Le petit garçon est heureux. Il joue avec son nouveau ballon depuis un bon moment déjà sans jamais se lasser même si son papa est décidément beaucoup plus lent et maladroit que les joueurs de la télé.

    Le jeune homme est arrivé à destination. Il regarde lentement autour de lui, tout a l'air calme même si, grâce à ce temps exceptionnel qui règne depuis plusieurs jours, le parc se remplit assez rapidement de familles, de joggeurs, de cyclistes et de promeneurs de chiens. Tout s'annonce donc très bien. Il respire doucement. Il se concentre.

    Le véhicule banalisé est garé à quelques dizaines de mètres de l'entrée du parc. À l'intérieur Julien et 3 de ses camarades portent l'équipement classique des forces d'intervention, gilet pare-balles, cagoule, brassard d'identification et fusil d'assaut. Il savent que plus loin, d'autres forces attendent pour intervenir et, pour eux, le pire risque provient justement de cette confusion possible. Mais surentrainés, déterminés, ces hommes sont prêts, prêts à affronter le pire, prêts à mourir s'il le faut pour assurer la survie d'autres de leurs congénères.

    Le papa du petit garçon commence à en avoir assez. Il souffle et court de moins en moins, ce qui agace l'enfant qui voit s'approcher le moment où son père voudra rentrer. 

    Profitant d'un nième éloignement de son père à la recherche du ballon, le petit garçon s'approche d'un banc sur lequel est assis un jeune homme seul. En souriant, il lui explique que son ballon est tout neuf, que c'est un vrai de foot, que son papa est nul et qu'il voudrait bien que lui, le jeune homme, vienne jouer avec lui.

    Après à peine un instant d'hésitation, le jeune homme lui sourit et se lève pour le suivre. Le père de l'enfant est quelque part soulagé d'être remplacé et va prendre place sur le banc.

    Julien et ses collègues sortent du véhicule, le plus discrètement possible, ils s'approchent de l'entrée du parc. Des gens regardent stupéfaits, certains sortent déjà un gsm pour filmer la scène mais tout le monde est rapidement et silencieusement écarté par d'autres agents en civil.

    Ainsi donc la cible est là, à quelques pas. On l'a signalée ce matin et l'ordre de l'intercepter à été donné quelques secondes plus tôt. Les hommes progressent en s'abritant dans la végétation. Soudain stupeur!

    La cible joue au ballon avec un petit garçon. Une chance pour leur approche car sa vigilance est relâchée, un risque énorme car leur action devient extrêmement risquée pour l'enfant. Julien réfléchit un instant. Il demande à un de ses compagnons, tireur d'élite, de choisir l'emplacement d'où il pourrait à tout moment abattre le jeune homme en cas de besoin. Une fois celui-ci en place, il reprend son approche avec encore plus de précautions.

    Le petit garçon est à nouveau tout heureux. ce nouveau partenaire est beaucoup plus doué que Papa. Une seule chose l'étonne, le petit garçon ne comprend pas pourquoi le jeune homme garde sa veste de jogging, il fait si chaud et on voit bien qu'il transpire. Parfois les grands sont bizarres. En tout cas il joue bien.

    Allez, encore une passe trop forte, le jeune homme se détourne et s'approche du buisson sous lequel le ballon a terminé sa course. Le petit garçon s'est déjà replacé, prêt à recevoir à nouveau la balle quand il comprend que quelque chose ne va pas. Où est passé le jeune homme? Pourquoi ne revient-il pas?

    Julien a réussi l'interception de main de maître. Le terroriste a été capturé avec sa ceinture explosive autour de lui. Les informations étaient donc bien fondées, il s'apprêtait à se faire exploser au milieu d'un parc bondé. Pourquoi, alors, a t-il attendu aussi longtemps avant d'agir?

    Le petit garçon est rentré à la maison avec la promesse de son père qu'il reviendrait aussitôt après le repas. Qui sait, pense l'enfant, le jeune homme sera peut-être ressorti du buisson.

    Julien est félicité par ses supérieurs. Sa première mission est un succès complet. Il est fier mais il sait aussi que cette mission n'est qu'une péripétie dans la lutte acharnée que devra mener la Civilisation contre le néant.

    Le jeune homme est assis sur le banc de la cellule. Qui pourrait comprendre que ce petit garçon, en le ramenant dans sa propre enfance et dans ses jeux de ballon interminables avec ses copains d'alors, a provoqué en lui le sursaut d'humanité qui l'a détourné de sa mission? Lui même se croyait à l'abri de toute hésitation, certain de s'être déjà libéré de sa propre existence et d'être prêt à mourir pour une cause supérieure. 

    Si ces yeux restent secs, il pleure sans doute au fond de lui sans savoir ou sans oser s'avouer si c'est de rage d'avoir échoué ou de joie d'avoir renoué avec la vie!

     


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  • Vous allez me dire que je suis fou, j'aimerais mieux que vous pensiez "étrange", même si quelqu'un a dit que le fou était une minorité réduite à l'unité, ce qui me séduit assez! Je n'ai pas encore achevé le second épisode des aventures de Nicolas-Dupont que je travaille déjà au 3ème. Celui-ci se passera dans le milieu du football.

    Je vous livre un des passages dans lequel interviennent deux joueurs qui me sont très chers...mais je ne vous en dit pas plus, le début, c'est celui de leur carrière bien évidemment!

    Le match devient plus tendu, plus haché, plus brutal. Les 65000 spectateurs poussent leur équipe avec leurs chants et tout le stade attend et espère cette délivrance du 2ème but, celui de la victoire qui permettra à l'OM de se qualifier à nouveau pour la ligue des champions.
    Et les offensives marseillaises se succèdent sans interruption comme les vagues de la grande bleue toute proche. Depuis un bon moment l'équipe adverse ne franchit plus la ligne du milieu de terrain et désormais elle se contente de contenir comme elle peut les attaques incessantes sans plus chercher à construire.

    L'arbitre assistant indique qu'il reste 5 minutes de temps additionnel. Un compte à rebours fatidique est engagé, qui réduit inexorablement les chances de victoire des Marseillais.
    L'entraineur olympien tente alors un coup de poker et prend une décision inattendue. À la surprise générale, il décide le remplacement de ses 2 attaquants vedettes. Ces deux joueurs, achetés au prix fort au cours de l'été précédent, sont les vrais "chouchous" du public et même si leurs tentatives sont restées vaines jusque-là, le stade gronde en voyant leurs numéros s'afficher sur le panneau de l'assistant. Ainsi les changements sont confirmés par le speaker au milieu de nombreux sifflets.

    Les commentateurs demandent fébrilement l'antenne et se perdent en analyse de cette initiative.
    Il faut dire qu'à 3 minutes de la fin d'un match aussi important pour le club, voir l’entraîneur faire entrer en jeu deux inconnus pour remplacer deux attaquants confirmés et talentueux, paraît un acte de folie pure, surtout dans un stade plein d'un public aussi bouillant et caractériel que celui de la grande métropole provençale.
    En outre, l’entraîneur lance dans le jeu deux gamins, deux frères, Lorenzo et Gabriele de 19 et 17 ans. Tous les deux appartiennent au Centre de formation du club. Lorenzo file en courant vers l'aile droite en remplacement de l'Argentin Massallas et Gabriele, le plus jeune, pénètre sur le terrain pour remplacer purement et simplement le meneur de jeu serbe, Kristanic.

    Le jeu reprend et le même scénario se poursuit. La fébrilité s'empare des deux équipes qui semblent presque jouer en regardant le chronomètre du stade. Les deux entrants n'ont pratiquement pas touché le ballon et 45 secondes restent à jouer quand l'arbitre siffle un nième coup franc en faveur des Marseillais.

    Sans hésiter, Gabriele place la balle posément au sol, à une trentaine de mètres environ du but, légèrement sur la gauche. Plusieurs joueurs l'entourent, les spectateurs retiennent leur souffle, les commentateurs font des pronostics sur le tireur.
    Mais c'est bien le très jeune garçon qui, après un dernier regard vers sa cible, prend son élan et frappe la balle du pied gauche. Le ballon s'élève, il reste 30 secondes à jouer, il contourne le mur adverse, sa trajectoire surprend le gardien qui tente en vain de le dévier et le stade se lève, plein d'espoir, quand la balle frappe sans vitesse la barre transversale du but rebondissant au sol à quelques centimètres de la ligne de but. Une clameur de déception remplit le stade mais elle se transforme instantanément en hurlements de joie lorsque Lorenzo pousse la balle au fond du goal, malgré un plongeon désespéré du gardien.
    L'arbitre accorde le but et siffle la fin du match dès la remise en jeu. Marseille gagne, Marseille se qualifie! Le public exulte et cette nuit Marseille retentira des klaxons, des sirènes et des chants jusqu'à l'aube.
    Les deux frères se précipitent l'un vers l'autre et se tapent dans la main. Ils sourient, tous les deux au comble du bonheur. Les joueurs portent en triomphe leur entraîneur. Un tour du stade est réclamé par le public et toute l'équipe, y compris les remplaçants et les techniciens s'y soumettent bien volontiers. C'est une communion magnifique dans la joie de cette belle mais difficile victoire.

    Un journaliste télé s'approche de Gabriele qui appelle son frère avant de répondre aux questions du reporter.
    - Gabriele, quel souvenir pour vous! Vous prenez le risque de tirer ce coup franc malgré votre jeune âge et vous le ratez, quelle chance que votre frère ait réussi à reprendre la balle, non?
    Un magnifique sourire espiègle éclaire le visage du jeune garçon.
    - Tu entends Loré, il dit que je l'ai raté! On lui montre?
    Le journaliste reste interloqué. Il fait signe au cameraman de suivre les deux garçons qui se dirigent vers un but en prenant au passage un ballon.
    - Décidez vous-même où vous le mettez, dit Gabriele au journaliste. Celui-ci place la balle au sol, le garçon s'élance et à nouveau la balle plane vers le but dans une courbe élégante et à nouveau elle rebondit sur la barre, Lorenzo surgit et pousse la balle au fond de la cage vide.
    - On s'entraine ensemble depuis près de 10 ans. Ce coup-là on le réussit presque toujours, on s'y exerce chaque jour après les entraînements et il y a deux semaines environ, le coach nous a vus. Il nous a demandé de le refaire et sur 10 fois, on en a réussi 9. Vous voyez, je n'ai pas raté….
    Le journaliste reste bouche bée.
    Les deux garçons filent déjà vers le vestiaire en pouffant de rire! Heureux comme jamais!


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  • Je vous livre un petit texte encore très imparfait, un premier jet et je vous retrouve à la fin du texte pour vous donner quelques compléments d'information!

    L'enfant se réveille progressivement. Il sent confusément que quelque chose en lui, est différent des autres matins, des autres réveils. D'habitude il saute directement sur ses pieds, il s'habille rapidement, passe par la salle de bains pour une toilette de chat et dévale l'escalier pour se jeter sur son petit déjeuner.
    Mais, là, Thomas se sent lourd, comme enveloppé d'un brouillard qui ralentit ses mouvements et pire encore, sa reprise de conscience. La veille, il s'en souvient à présent, il s'est couché avec un fort mal de tête et a eu du mal à s'endormir comme si instinctivement son cerveau avait résisté, pressentant un danger.

    - Allez, se force-t-il, il faut te secouer, debout!

    Il pose les pieds au sol et se dirige, encore engourdi, vers le bureau où l'attendent ses vêtements du jour.
    Peu après, après avoir descendu le grand escalier de bois qui craque à chaque marche, il se rend directement dans la cuisine. Là, il prend presque peur en découvrant un univers inconnu, complètement changé par rapport à son environnement habituel.
    Le frigo a changé de place et de forme et, remarque Thomas, il semble ne faire qu'un avec le radiateur de la salle à manger voisine, la cuisinière à gaz a fait place à une sorte de plaque ultra fine fixée à mi-hauteur du mur. L'évier est le même mais les robinets ont changé et un des deux est relié à un tuyau qui descend du mur et semble venir de l'extérieur.
    Thomas regarde ses parents, eux non plus ne sont pas comme d'habitude. D'abord ils ne fournissent aucune réponse aux questions de Thomas concernant les modifications apportées à la maison, Thomas a même l'impression qu'ils ne comprennent pas la cause de ses interrogations, mais plus étrange encore, ils ne semblent pas s'en inquiéter outre mesure. Thomas pense alors que ses parents doivent se trouver dans le même état physique que lui et qu'ils n'ont qu'une conscience partielle de leur environnement.

    L'enfant, inquiet, tente de se rassurer en pensant que cela passera et il poursuit ses préparatifs pour se rendre à l'école. Il a quand même remarqué que le lait de ses céréales et d'ailleurs aussi ces dernières, étaient bien meilleures ce matin. Il ne saurait pas expliquer pourquoi mais il pense à une richesse proche de la nature, comme si son déjeuner était devenu plus "authentique" même si du haut de ses 12 ans, Thomas n'a qu'une conscience limitée de ce que pourrait être une saveur naturelle…

    Enfin, le jeune garçon est prêt. Ses parents aussi se préparent de leur côté, un peu comme des zombies et malgré ses inquiétudes, Thomas se dirige vers la porte pour se rendre à l'arrêt du bus scolaire qui l'amène chaque matin à son collège.

    Nouveau choc en sortant de chez lui. Il n'y a plus de route, plus de trottoir et rien qui ressemble aux voitures qui arpentaient encore la veille, les rues calmes du petit quartier résidentiel et bourgeois où habite Thomas.
    Thomas a devant les yeux, derrière la clôture du jardin de ses parents, sur toute la largeur de ce qui était recouvert hier encore par un asphalte gris et triste, un large couloir vert engazonné et même fleuri par endroit. Les gens y marchent, tout à leur aise, sans aucune crainte de se faire heurter ou même seulement klaxonner par une voiture au volant de laquelle, se trouverait un chauffeur excédé par ce manque de civisme.

    Et les voitures, parlons-en. Thomas voit arriver une sorte de saucisse volante d'une dizaine de mètres de longueur, qui se déplace à environ 50 cm du sol, sans bruit, sans chauffeur. Elle s'arrête exactement là où se situait l'arrêt de bus. À sa grande surprise, Thomas aperçoit deux de ses camarades à l'intérieur de la saucisse, il s'en approche, une porte s'ouvre automatiquement et une rampe d'accès se déploie jusqu'au sol. Thomas entre dans le véhicule qui repart aussi tôt sans aucune secousse.
    Au fur et à mesure qu'il s'enfonce dans la ville en direction du collège, Thomas constate que ce nouveau monde est installé partout, et, plus surprenant encore que personne ne semble ni gêné ni intrigué. D'autres saucisses plus ou moins grandes se déplacent apparemment dans un ordre parfait, pas de feux de signalisation ni d'agents aux carrefours, et aucun bruit ni aucun énervement, tout semble parfaitement huilé, parfaitement géré.

    Une fois, dans le collège, beaucoup plus verdoyant et arboré qu'auparavant, Thomas s'aperçoit qu'au lieu de se diriger vers l'entrée du bâtiment, ses camarades se rendent dans un endroit particulier à l'extérieur, là où avant il n'y avait qu'un misérable terrain de sport en béton. Le béton a disparu, l'herbe parfaitement tondue est accueillante, le prof est là, assis en tailleur par terre, il accueille les élèves un par un avec amabilité. Le cours commence et Thomas entend son professeur tenir un discours confus sur la nécessité de déclarer individuellement un éventuel malaise autant physique que mental. Ses mots semblent n'interpeller que Thomas, tant ses camarades écoutent avec passivité, et si celui-ci perd rapidement le fil dans les explications nébuleuses de son professeur, son instinct lui souffle de rester sur ses gardes devant un péril imminent.

    - Donc, est-ce que l'un ou l'une d'entre vous ne se sent pas bien ce matin?
    Le vieux professeur balaye des yeux son assemblée, personne ne réagit. Thomas n'a rien dit, une voix intérieure lui a suggéré de ne pas se dissocier de ses camarades, sous peine de s'exposer à un grand danger.

    Le professeur libère les élèves qui se lèvent avec lenteur pour cette fois gagner l'intérieur du collège. Thomas les suit, de plus en plus perdu dans ses pensées, quand une main se pose sur son épaule. Le professeur lui souffle discrètement:
    - Venez me voir dans ma salle de classe, après les cours...

    Ce texte était au départ un projet de nouvelle répondant au thème "autrement" mais au fil de l'écriture, une autre idée beaucoup plus ambitieuse m'est venue, imaginez!

    En 2014 (par exemple), des autorités mondiales (ne me demandez pas pour le moment lesquelles), constatant qu'il n'y a plus d'alternatives à la catastrophe écologique et humanitaire vers laquelle notre mode de vie nous propulse, décide "d'effacer" la mémoire collective et d'ouvrir une porte temporelle pour changer de "monde" ou plutôt de mode de vie. Le progrès technologique est maintenant respectueux de l'environnement, le cadre de vie est naturel, confortable, bref le meilleur des mondes...

    Evidemment ce n'est pas aussi simple et idyllique et quelques individus qui ont résisté à l'effacement ne vont pas tarder à mettre à jour l'envers du beau décor....

    Qu'en pensez-vous? En tout cas, là j'ai du travail pour les .... X prochaines années! 


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  • Ma Maman vit dans la très jolie petite station balnéaire bretonne de Saint Quay Portrieux. Saint Quay, c'est vraiment super, j'y ai passé toutes mes vacances d'enfant, j'y ai habité pendant mon adolescence et j'y reviens régulièrement, ne serait-ce que pour y retrouver ma petite Maman (91 ans et toujours vaillante!).

    Petit dictionnaire de la météo bretonne selon Maman....

    Mais Saint Quay, c'est en Bretagne et si cela constitue en soi, un gage de beauté du site et, en l'occurrence, de la mer, de bon air et de bonne nourriture, le beau temps n'est pas toujours garanti si vous voyez ce que je veux dire...

    Mais si vous voulez savoir vraiment si c'est là que vous devez réserver pour votre prochain mois d'août, ne vous fiez pas à ma Maman, elle, elle "positive" à 100%¨...

    D'où la nécessité de rédiger un rapide petit dictionnaire à usage des non-habitués de la perle  des Côtes d'Armor!

    Quand Maman dit "Le temps est un peu capricieux, mais nous avons pu faire de belles promenades", il faut comprendre "il a plu toute la journée mais j'ai quand même réussi à aller chercher une baguette de pain".

    Quand Maman dit "Aujourd'hui, ça soufflait un peu, mais à l'abri du vent, on a pu rester sur la plage", imaginez vous emmaillottés dans deux essuies, en plus de votre pull et bien sûr de votre ciré, parce que quand pour Maman, "ça souffle un peu", non seulement ça souffle vraiment, mais si c'est le vent du nord, il peut vous transperser de froid, même en plein été.

    Quand Maman dit "Il ne fait pas encore très chaud, mais on voit arriver les premiers touristes", cela signifie que malgré un printemps pourri, les pauvres Néerlandais assez audacieux pour prendre leurs vacances en juin, tentent désespérément de se réchauffer et de s'occuper en déambulant dans une station balnéaire encore déserte dont les magasins saisonniers attendent le gros des "Parisiens" pour ouvrir!

    Alors que les choses soient claires, Saint Quay j'adore, j'en connais tous les rochers, les mares, j'ai au fond de ma mémoire les odeurs d'ajoncs et de genêts du chemin de ronde, je savoure le plaisir de mes enfants qui découvrent à leur tour ce très joli coin de Bretagne mais je sais combien la météo peut être changeante et surtout décevante, combien on se passerait volontiers de ce rôle d'éclaireur de ces défilés de dépressions qui vont ensuite envahir la France (ou non !), combien, malgré tout, une promenade sous la pluie battante peut se savourer quand le spectacle unique de la Manche en colère vous y accompagne tout au long.

    Pourtant il y a un avantage inestimable à reconnaitre à ce climat disons capricieux....c'est qu'il ne retient que les vrais amoureux de la Bretagne et que grâce à cela, les côtes ont échappé au bétonnage compulsif du sud de la France!

    Alors oui, la pluie peut-être belle même en août, enfin pas tous les jours si c'est possible, hein Maman!

     

     


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  • Le vieux monsieur s'est levé tôt. Ce matin de mai, frais mais ensoleillé, mériterait à lui seul cet effort mais le vieux monsieur ne s'est pas levé pour profiter de la luminosité printanière de retour après un hiver long et rigoureux.

     

    Le vieux monsieur a décidé de nettoyer son jardin, depuis trop longtemps délaissé. Autrefois, ce jardin, cette pelouse, ces arbres, ces fleurs étaient sa fierté et son plaisir. Peu à peu, sous l'effet de l'âge, il a senti que ces travaux qui lui apportaient naguère une agréable détente, étaient devenus synonymes d'effort, de fatigue, de courbatures, de douleur.

     

    Sans maître, la Nature avait rapidement repris ses droits. Les parterres autrefois impeccables sont à présent envahis par les mauvaises herbes, la pelouse est une jungle, les arbres et arbustes du jardin qui ont grandi librement, ont perdu toute harmonie.

     

    Mais ce matin, le vieil homme est prêt à relever le défi. Il se sent assez fort pour affronter une tâche aussi pesante. Il choisit posément ses outils, il prépare ses produits et les dilue dans un seau, remplit le pulvérisateur. Il enfile encore ses bottes, ses gants et plein d'entrain, sort de la maison pour engager son combat. La journée qui commence sera dure, il devra tondre, désherber, tailler puis ratisser, ramasser, ranger, mais elle sera belle, comme un crépuscule, comme l'ultime combat du général dont l'armée est encerclée par un ennemi trop puissant. Ce soir sa fatigue, ses douleurs seront effacées par sa fierté retrouvée et le plaisir de pouvoir à nouveau contempler son jardin comme avant!

     

    Dans un coin du jardin, encore à l'écart de la bataille qui se prépare, une jeune chatte et 4 petits chatons se réveillent. La mère est déjà attentive aux mouvements du vieux monsieur alors que les chatons sont tout à leurs jeux.  L'homme n'est pas un ennemi, elle le sait, il a souvent disposé des assiettes avec un peu de lait, des restes de repas, elle s'est même laissé caresser par les mains rugueuses. Pourtant son instinct lui dicte de faire attention et de s'éloigner.  Toute à sa surveillance, elle en oublie quelques instants ses chatons. Ceux-ci sont lancés dans une partie de chasse contre une proie invisible, mais proche, ils n'en doutent pas, puisque l'herbe bouge à quelques centimètres d'eux.

    Et effectivement l'herbe bouge, mais c'est sous l'effet de la légère brume que propulse le vaporisateur chargé du désherbant très puissant que le vieil homme a préparé auparavant. Les chatons se précipitent et avant que l'homme n'ait eu le temps de réagir, ils se retrouvent aspergés par le poison.

      

    Quelques jours plus tard, un médecin cherche à prendre congé d'une vieille dame en larmes. Il essaye de trouver les mots qui pourraient lui apporter un certain réconfort mais comment peut-on réconforter une vieille dame qui a perdu son mari, surtout lorsque les circonstances du décès sont aussi inattendues.

    Pour la dixième fois, la vieille dame raconte en prenant le médecin à témoin.

    - Et pourtant, il les aimait les chats! Il en prenait soin. Comment aurait-on pu imaginer que ce serait à cause d'eux qu'il serait mort? Entre ses sanglots, elle poursuit même si le médecin qui a établi le permis d'inhumer connait par cœur ce qu'elle va dire.

    - Il était tout triste d'avoir aspergé les chatons, il n'en a pas mangé ce jour-là malgré tout le travail qu'il a fait dans le jardin. Et voilà qu'hier, il descend dans la cave, la chatte lui saute dessus, il n'a rien pu faire. Croyez-vous ça Docteur?

    Le Médecin restait calme sans manifester aucune impatience malgré un programme chargé de visites à effectuer dans la journée.

    - Elle avait renversé le flacon de désherbant pour se rouler dedans et quand elle lui a planté ses griffes dans le visage, faut voir dans quel état il était mon pauvre homme,  tout ce satané poison est entré dans le sang et l'a tué. Et vous avez vu son visage tout brulé, c'est atroce! Lui qui aimait tellement les chats!

    Cette fois, le médecin réussit à quitter la vieille dame et se dirige lentement vers sa voiture. La vieille dame attend qu'il ait démarré pour rentrer dans la maison et refermer la porte lentement sur sa solitude et son chagrin.  

     

    Quelque part dans un coin isolé du jardin, encore en ordre, du vieux monsieur et de la vieille dame, l'herbe qui repousse commence à recouvrir les cadavres de  trois chatons et de leur mère, atrocement rongés par le maudit désherbant.

    Le vieux monsieur, lui, repose au cimetière de la petite ville où longtemps la vieille dame passera le voir chaque jour avant de le rejoindre définitivement.


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